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Le sevrage partiel |
En matière de sevrage, notre société, et le corps médical en particulier, est adepte du" tout ou rien". Cela s'en ressent déjà dans la tendance à recourir au sevrage au moindre problème. Mais surtout dans la façon de toujours concevoir le"sevrage" comme "total et irréversible". Personnellement, j'ai du mal à répondre à la question: "ton fils est-il sevré?". D'abord parce que le terme "sevrage" est utilisé de manière trop restrictive à mon sens, on pense exclusivement au sein, mais que dire du biberon et de la tétine ou du pouce? Pour moi le sevrage est un processus qui a commencé avec ma retour au travail mais surtout avec l'introduction des solides vers 6 mois. A partir du moment où l'allaitement ne se fait plus à la demande et n'est plus exclusif, que l'enfant apprend à "se passer" du sein, fût-ce partiellement, il commence à se sevrer et ce processus prend du temps, plusieurs mois, voire plusieurs années si l'on respecte le rythme de l'enfant. Il n'y a pas de "règles" en matière d'allaitement (durée, nombre des tétées de jour et de nuit selon l'âge etc...). Tous les enfants sont différents, certains tètent 10 fois par jour, d'autres 5 ou 6, certains font leurs nuits à 2 mois et d'autres à 15, certains se sèvrent spontanément à un an et d'autres à quatre, certains tètent encore 6 fois par jour à 2 ans et d'autres ne tètent plus qu'une fois par jour à 18 mois etc... Il faut donc être à l'écoute de son enfant qui est unique. Cependant respecter le rythme de l'enfant ne doit pas faire oublier que le maternage est une relation à deux où le vécu de la mère importe aussi. Répondre aux besoins de l'enfant ne veut pas dire que l'on doit nier les siens propres. Une mère épuisée, excédée, ne peut plus jouer son rôle de mère. Il est donc important qu'elle se donne le droit de poser ses propres limites à l'enfant, en douceur bien entendu surtout si elle a choisi un allaitement de longue durée, car l'allaitement doit rester un plaisir pour la mère jusqu'au bout. Mon entourage s'étonne que je "tienne le coup" après trois d'allaitement car les gens restent fixés sur l'image de l'enfant des premiers mois qui tète jour et nuit. Mais mon fils est "en train de se sevrer" depuis qu'il a 6 mois et nous avons trouvé un modus vivendi qui nous convient à tous les deux dans la durée. J'ai eu la chance qu'il fasse ses nuits très tôt. Dès l'âge d'un an, les tétées ont été réduites à quatre par jour, puis à trois, enfin à deux puis à une (celle du retour de mon travail, la tétée des retrouvailles) pour se raréfier à une tous les deux ou trois jours. Il ne demande pas le sein en public sauf exception. L'allaitement de longue durée est donc facile à vivre. Le sevrage partiel n'est pas l'allaitement mixte. Il consiste pour l'enfant à se passer partiellement du sein à certains moment de la journée. Il se fait de lui-même à mesure que l'enfant a moins de besoin de lait (avec l'introduction des solides) mais aussi à mesure que l'enfant s'éloigne de la mère pour explorer son environnement, qu'il prend son autonomie. Ce sevrage partiel va de soi quand la mère reprend le travail (loin de sa mère, l'enfant oublie peu à peu le sein) mais il est parfois plus lent quand l'enfant passe toutes ses journées avec elle. Certaines mamans se sentent "dévorée" par l'enfant qui réclame le sein de manière intempestive, ou épuisée par les nuits sans sommeil. Dans ce cas accélérer le sevrage partiel peut être une solution pour que la mère retrouve sa sérénité. C'est à elle de proposer à l'enfant un rythme qui lui convient. Evidemment, imposer un changement de rythme à un enfant n'est pas facile. Il faut le faire en douceur et avec imagination. La suppression des tétées de nuit est la plus difficile car il faut trouver un autre moyen d'endormir l'enfant autrement. Il est parfois bénéfique pour le bambin de passer quelques heures par jour en compagnie d'autres personnes que sa mère pour que celle-ci puisse se ressourcer pendant qu'il élargit son horizon. La mère et l'enfant doivent s'ajuster tout au cours de l'allaitement mais il y a une règle à respecter pour que l'allaitement ne soit pas compromis à moyen ou long terme: il ne faut pas envisager le sevrage partiel même de nuit avant le fameux cap des six mois et l'introduction des solides. L'allaitement à la demande reste la règle durant cette période délicate où le corps doit s'adapter aux besoins spécifiques du nourrisson. Il faut pouvoir passer les diverses crises de croissances durant lesquelles il réclame plus le sein, non par caprice mais par besoin physiologique. Refuser le sein quand il le réclame peut faire baisser la lactation. Certaines femmes produisent moins de lait à chaque tétée, donc le bébé a besoin de téter plus souvent, il faut l'écouter! Si l'on veut allaiter longtemps il faut maintenir un minimum de tétées par jour pendant la première année d'allaitement, idéalement quatre. Rappelons aussi que , le lait maternel reste la nourriture principale jusqu'à 12 mois. La solution du sevrage partiel concerne donc les grands bébés et les bambins. C'est sans doute la raison pour laquelle le corps médical y pense peu. Ils savent que durant les premiers mois on ne peut pas sevrer "un peu" sans annoncer l'arrêt de la lactation qui n'est pas assez entretenue.
Xavière Remacle juin 2004
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