A
20 mois d'allaitement, j'attends avec une certaine curiosité
mais sans impatience les signes annonciateurs du sevrage "naturel",
celui que l'enfant décide de sa propre initiative. Ayant
appris par mes lectures et par ma collaboration à la
SMAM 2002 que l'allaitement peut durer au moins deux ans et
qu'un sevrage spontané se produit généralement
entre deux ans et demi et trois ans, je ne suis pas pressée
et j'allaite toujours mon fils deux à trois fois par
jour sans me poser de questions. Cet allaitement me paraît
d'autant plus important que mon fils montre uneintolérance
au lait de vache.
C'est
pourquoi j'ai été très étonnée
de le voir refuser le sein en particulier le soir pendant un
épisode de rhynopharyngite. Je lui connaissais plutôt
l'habitude de s'accrocher au sein quand il était malade.
La pédiatre m'a suggéré que ce pourrait
bien être le "signe" qu'il était en train
de se sevrer.Mais je n'avais pas imaginé les choses comme
cela et j'étais déçue. Mon fils paraissait
se détourner du sein comme à regret.Au début,
il rejetait la tête en pleurant et frappait parfois le
sein avec son poing pour exprimer sa frustration. Que se passait-il
donc? Mon lait avait-il changé de goût? N'en avais-je
plus assez?Au bout d'une semaine, il n'essayait même plus
de téter et je commençais à voir mon lait
se tarir. J'étais désespérée. Je
ne me faisais pas à l'idée de ce sevrage.
Heureusement,
le premier soir de sa guérison, il a tété
pendant près d'une heure remettant ainsi en route la
lactation. Nous avions retrouvé notre rythme et nous
en étions très heureux tous les deux. J'ai compris
qu'il avait refusé le sein parce qu'il avait mal à
la gorge, que son nez était bouché et qu'il ne
parvenait pas à téter assez facilement. Il pleurait
de frustration.
Cet
incident m'a fait réfléchir:si mon fils avait
toléré le lait de vache, n'aurais-je pas remplacé
définivement le sein par le biberon, croyant bien faire?
combien de mères ont ainsi sevré leur enfant vers
9, 10 mois ou même 20 mois,à regret, mais persuadées
de répondre à sa demande? Il faut reconnaître
que l'insistance à donner le sein à un enfant
qui refuse est interprété par l'entourage comme
de l'acharnement surtout s'il a plus de 12 mois. Ce serait la
mère qui donnerait le sein pour son propre plaisir et
non plus pour le bien de l'enfant.
Peu
de mères savent qu'un enfant(même âgé)
peut se détourner du sein provisoirement pour une raison
purement technique:
-
le lait a changé de goût (surtout si la mère
est enceinte)
-
l'enfant est malade, il souffre de la gorge, il a des problèmes
pour respirer ou du muguet dans la bouche
-le
réflexe d'éjection tarde et l'enfant perd patience
surtout s'il s'est habitué à la facilité
du biberon
Quand
ces problèmes sont résolus, l'enfant revient volontiers
au sein, c'est pourquoi on appelle cette attitude "grève
de la tétée".
Pour
reconnaître un sevrage naturel, il faut se rappeler que:
-
le sevrage naturel apparaît plutôt APRES l'âge
de deux ans
-
le sevrage naturel est progressif et se produit quand l'enfant
est en bonne santé
-l'enfant
qui se sèvre le fait dans la sérénité,
il ne manifeste pas de frustration et d'agressivité à
l'égard du sein.
Pour
éviter une grève de la tétée, je
conseillerais:
-faire
attention à la confusion sein-tétine qui peut
survenir à n'importe quel âge.
-surveiller
les problèmes nez-gorge-oreille (rhinopharyngite, otites,
muguet) qui gênent la succion
-
de ne pas administrer de lait de vache en journée, en
biberon ou à la tasse, ce lait, lourd à digérer,
rassasie l'enfant qui perd l'appétit pour le sein
-éviter
les séparations longues (plus de 24h) autant que possible.
Au retour de la mère, certains enfants refusent le sein,
soit parce qu'ils se sont habitués au biberon, soit parce
qu'ils expriment ainsi leur colère contre la maman qui
est partie, soit parce qu'il ont fait leur deuil du sein pour
supporter la séparation et oublient comment prendre le
sein
-en
cas de morsure, ne pas réagir trop vivement. Certains
enfants effrayés refusent le sein par la suite, parfois
définitivement.
Bien
sûr, une mère qui désire sevrer peut saisir
l'opportunité d'une grève de la tétée
pour le faire, mais ce serait dommage qu'une maman qui désire
allaiter plus longtemps s'arrête sur base d'un malentendu,
c'est pourquoi je trouve utile de les informer.
Xavière
Remacle
mai
2003