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Première rentrée! |
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Septembre
2004, Akira vit sa première rentrée. Il a trois ans, c'est l'âge
"idéal". Les démarches pour l'inscrire à l'école m'ont fait découvrir,
à moi enseignante, l'autre côté du miroir: le calvaire des parents
sur le chemin qui mène à l'école de leur rêve. Une rentrée scolaire
ça se prépare: deux ans à l'avance! Du moins à Bruxelles, où les
écoles qui ont "bonne réputation" sont prises d'assaut.
J'avais
dans la tête l'école idéale (pédagogie
Montessori, Freinet, Decroly etc...), malheureusement, elle n'existe
pas, en tout cas pas dans
le quartier où j'habite. J'ai donc cherché l'école
la "moins mauvaise" dans mon périmètre.
J'ai voulu visiter, poser des questions, j'ai
été souvent mal reçue. L'école d'aujourd'hui
ressemble à une forteresse
qu'on ne peut connaître de l'intérieur que si l'on
y a soi-même
été, ou si l'on a déjà un enfant qui
la fréquente, ou si l'on y
connaît quelqu'un... Je me trouvais dans la situation la
plus difficile: Akira est mon premier enfant, pas d'aîné pour
lui ouvrir la voie, et je suis nouvelle dans le quartier, donc
je ne connais aucune
école dans le coin. Comment choisir?
Première
difficulté: avoir un rendez-vous avec une direction débordée qui
ne répond au téléphone que deux jours par semaine entre 8 et 9h.
Vous imaginez si la ligne est occupée!
Deuxième
difficulté: visiter l'école, le personnel n'a pas le temps pour
ça. On m'a parfois répondu: visiter? pourquoi? Notre école a bonne
réputation, ça devrait vous suffire.
Troisième
difficulté: recevoir des réponses authentiques à nos questions
pédagogiques: que faites-vous si l'enfant ne veut pas participer
à un exercice? Si l'enfant n'est pas encore propre? Il est plus
facile de recevoir des réponses aux questions pratiques: à
quelle
heure
ouvre
l'école,
que met-on
dans
son cartable? L'attitude pédagogique dépend plus de l'institutrice
et de sa personnalité que d'une vision pédagogique de la direction.
Malheureusement, on ne peut pas "choisir" l'institutrice.
Je
l'ai donc inscrit dans l'école la plus proche qui a accepté que
je fasse une visite. Akira avait deux ans.
Mais je me suis rendu compte plus tard (trop tard)
à quel point il est difficile de prévoir les besoins d'un enfant
pour
l'année
suivante,
surtout quand on a aucune expérience comme moi. Sera-t-il déjà
propre? Supportera-t-il la séparation? La collectivité? Aimera-t-il
son institutrice? Je n'avais même pas d'idée claire de ce qui était
important pour moi.
la
rentrée a été catastrophique. J'ai senti dès les premières minutes
dans la cour que ce serait extrêmement difficile pour mon fils:
une école maternelle trop grande (près de 300 enfants),
trop d'enfants dans la cour, une institutrice trop froide qui lui
parle en restant debout sans se mettre à son niveau pour faire
connaissance, plusieurs enfants très émotionnés (qui vomissent
d'angoisse le matin), une classe surpeuplée trop petite où l'on
étouffe, un règlement trop rigide (les parents ne peuvent accompagner
les
enfants
en classe que les trois premiers jours et doivent les laisser à
la grille le reste de l'année), manque de contact continu avec
l'institutrice (il faut prendre rendez-vous). Tout cela je n'avais
pas pressenti parce que j'avais visité l'école vide et sans enfants,
je n'avais pas rencontré l'institutrice, je ne m'étais pas faite
une idée réelle de l'école.
Bref,
mon fils était terrorisé et j'avais l'impression d'être un monstre
de le laisser dans cette "jungle" de manière aussi brutale. La
goutte qui a fait déborder le vase pour moi, ce fut de découvrir
un bâtiment sans dessus-dessous: des toilettes dans un état lamentable,
une cour de récréation réduite à un tiers, plus de salle de gym,
plus de réfectoire... à cause de gros travaux engagés pour au moins
deux ans. On ne m'avait rien dit à l'inscription. J'étais furieuse.
J'ai passé presque toute la matinée à pleurer à la maison.
Quand
je suis allée chercher Akira le premier jour à l'école, j'ai vu
l'institutrice qui s'était déjà fait une "idée" sur lui: il est
vraiment têtu! Mon fils m'a dit sur le chemin du retour: maman
je veux une autre école, la mienne est toute cassée (les travaux).
L'idée
a
commencé à faire son chemin de le changer. Mais comment trouver
de la place ailleurs, le 1er septembre?
Le
troisième jour, Akira hurlait toujours sur le chemin de l'école
et je me suis dit que je ne supporterais pas ce calvaire pendant
des mois. L'institutrice m'avait prévenue que je ne pourrais plus
accompagner Akira dans sa classe dorénavant et je voyais bien qu'il
n'était pas prêt du tout pour une séparation aussi chirurgicale.
Je l'ai habillé, préparé et puis... nous sommes restés à la maison
et j'ai
pris
mon téléphone
pour
trouver
une
autre école. Aucune place nulle part dans les école qui m'intéressent.
Désespérée, j'ai appelé l'ancienne directrice de l'école où j'avais
fait mes
maternelles,
pour lui
demander conseil.
Elle m'a dit simplement: c'est vrai que c'est important de connaître
une école de l'intérieur. Je me suis souvenue alors que j'avais
été très heureuse en maternelle. Mais cette école n'est pas du
tout dans mon quartier, il faut une demi heure à une heure pour
y aller. J'ai tenté le tout pour le tout et j'ai téléphoné dans
cette école. Réponse:
oui il
y a
encore
de la place, deux places pour être exact, dans une classe mélangée
"3 et 4 ans". J'emmène Akira avec moi visiter l'école (mais oui
je peux). On me montre tous les bâtiments, je rencontre l'institutrice,
le prof de psychomotricité. Les souvenirs d'enfance remontent à
la surface, je suis très émue. Je demande à Akira ce qu'il en pense.
Il me dit: j'aime bien le jardin! Moi je
pense:
j'aime
bien
l'institutrice! Je décide de faire le sacrifice du déplacement
pour qu'Akira soit bien.
Non
je n'ai pas trouvé une école à pédagogie
alternative de pointe, je l'ai même inscrit dans une école
qui a la réputation d'être
très classique, (école catholique avec uniforme),
mais j'ai trouvé
pourtant ce que je cherchais: une école à taille
humaine avec un petit bâtiment familial pour trois classes
et sa cour séparée,
une école où les parents sont bienvenus, ils peuvent
accompagner les enfants en classe tous les jours et discuter avec
l'institutrice,
des classes relativement nombreuses (20 enfant en moyenne) mais
dans des locaux spacieux et suffisamment de personnel (puéricultrices,
stagiaires...) pour faire des activités en petits groupes
de 10. Les institutrices collaborent, s'échangent du matériel
et les enfants circulent assez facilement d'une classe à l'autre.
Elles n'ont pas l'air stressées. Je traîne parfois
dans les couloirs et je ne les ai jamais entendu crier. Pas d'enfants
qui pleurent, pas
d'enfants qui vomissent. Quel contraste! Les toilettes sont ultramodernes,
très propres, intimes (il y a des
cloisons),
et
assez nombreuses,
c'est important
pour des petits qui apprennent la propreté. Il y a une salle
de psychomotricité pour les maternelles.
Dès
le premier jour, l'institutrice a pris Akira dans ses bras et l'a
conduit à la fenêtre pour me dire aurevoir. Il n'a pas pleuré la
première fois,ni les autres fois, il n'a jamais pleuré. Il a mis
beaucoup de temps à participer aux
activités mais son institutrice ne l'a jamais forcé, elle propose.
Au mois de novembre, il s'y est mis. Pour la propreté, elle a accepté
qu'il mette un lange au début parce qu'il y avait encore beaucoup
d'accidents. Ce n'est pas grave on s'adaptera! Bref, je laisse
mon fils là-bas, le coeur léger. J'ai confiance.
J'ai
réalisé que la première rentrée à l'école
est initiatique pour l'enfant mais aussi pour la mère! C'est la première
vraie séparation, même pour celles qui ont déjà mis leur enfant
à la crèche auparavant. A la crèche, la maman est mise au courant
de tout: qu'est-ce que bébé a mangé, combien de fois il a fait
pipi et caca, il a fait la sieste ou pas. A l'école, ce suivi n'est
plus possible, ni souhaitable. L'enfant développe pour la première
fois un "jardin secret". La maîtresse ne sait pas tout ce qu'il
fait et tout ce qui se passe car les enfants sont trop nombreux,
et l'enfant ne raconte que ce qu'il veut bien à ses parents. La
mère apprend à faire confiance dans les capacités de son enfant
à se débrouiller. Elle aussi a besoin de "transition". Je me souviens
que les premiers jours je restais un quart d'heure voire vingt
minutes dans la classe avec Akira, je le conduisais aux toilettes,
je lui demandais de me montrer ce qu'il avait fait, ses jeux etc...On
se disait longuement aurevoir. Un mois plus tard, je le "dépose"
à l'entrée de la classe et il me dit rapidement aurevoir avant
de filer vers ses copains. Quelle évolution!
Rares
sont les institutrices qui comprennent ce besoin de la mère d'être
rassurée et aidée à réaliser ce passage. Plus la mère sera rassérénée,
mieux l'enfant se sentira.
Depuis
cette expérience, j'ai revu complètement mes priorités dans le
choix d'une école maternelle, je les classerais ainsi par ordre
d'importance:
-
les parents apprécient l'institutrice, sa personnalité et sa pédagogie,
ils lui font confiance et l'enfant le sent
-
la séparation se fait en douceur, les parents peuvent rentrer
en classe tous les jours, voir l'institutrice et faire la transition
avec la maison.
-
l'enfant se sent bien avec l'institutrice, il n'en a pas peur
-
les parents ont des affinités avec les autres parents, ils sont
prêts
à inviter
des
enfants de
la
classe
à la
maison,
cela
facilite
l'intégration dans le groupe
- les classes sont spacieuses, la cour de récréation sécurisée,
les toilettes en "bon état"
- l'école encourage des activités intéressantes: sorties, spectacle,
projets à thème etc...
- la direction est accessible, on peut facilement la rencontrer
pour discuter avec elle.
En
ce qui concerne la "pédagogie" de l'institutrice, le plus important
est son attitude relationnelle, bien plus que le "programme" qu'elle
va développer pendant l'année: elle ne crie pas, ne frappe pas,
n'humilie pas, essaye de comprendre la psychologie particulière
de l'enfant, elle est chaleureuse. C'est à cette condition que
l'enfant sera réceptif au programme.
Malheureusement,
les conditions de travail des enseignants ne leur permettent pas
d'offrir ce "minimum vital". C'est très inquiétant.
La
réalité d'aujourd'hui: classes surpeuplées, manque d'encadrement
et de surveillance, la loi de
la jungle à la cour de récréation, pression pour que l'enfant
rentre vite dans le moule (propreté et autonomie) pour avoir moins
de
travail: comment s'en sortir si on doit lacer 40 chaussures et
changer 20 langes deux fois par jour?
La
réalité d'aujourd'hui: des parents coincés par deux messages contradictoires:
celui
des
institutrices: il
faut mettre l'enfant en maternelle le plus tôt possible pour qu'il
aie plus de chance de réussite en primaire mais on refuse les enfants
qui
ne
sont
pas prêts (pas propres par ex)
celui des psychologues: il
ne faut surtout pas faire pression sur l'enfant pour qu'il devienne
propre, il doit devenir autonome à son rythme.
L'école
maternelle fait bien souvent violence au tout-petit. Incapable
de respecter les spécificités de chacun, elle creuse très tôt les
inégalités scolaires.
Si
l'Etat doit faire des choix budgétaires par manque de moyens, qu'il
donne la priorité à une école maternelle de qualité où les bases
vont se construire.
Xavière
Remacle
mars
2005
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