Vous
constaterez à la lecture de la bibliographie
mise à jour qu'il y a une évolution dans mes préoccupations.
Finis les livres sur l'allaitement, le maternage, la vie émotionnelle
des tout petits, la cuisine pour bébés, le sommeil (et
l'éveil) du nourrisson. Le ton des titres choisis a changé:
l'agressivité, "qu'est-ce que j'ai dit?", parents/enfants
quand ça bloque, se faire obéir sans crier etc...
Que
s'est-il passé? Et bien... Akira a dix-huit mois: l'âge
d'explorer le monde (comme l'annonce le titre du journal
de sa deuxième année) et de s'exposer à tous
les dangers.
Les
premiers mois, la maman allaitante vit en osmose avec son rejeton,
le prend volontiers dans les bras et l'enveloppe de sécurité
affective. Cette sollicitude, épuisante au début, devient
avec le temps une seconde nature. Elle acquiert peu à peu la
capacité d'anticiper la demande de son petit, décode
avec une intuition exacerbée les signaux non verbaux que le
bébé lui adresse. "Donnez le sein sans restriction,
sans imposer d'horaire, m'avait dit l'infirmière de la maternité,
c'est son besoin qui fait loi. Le nourrisson sait d'instinct
ce qui est bon pour lui. A cet âge, il n'y a pas de caprice".
Un
beau matin, la maman réalise que son enfant a découvert
le désir, un désir qui le déborde et qui
peut devenir dangereux pour lui: désir de manger toute la tablette
de chocolat, désir de jouer toute la nuit, désir de
rester dans le bain plus longtemps, désir de toucher aux couteaux
et aux allumettes, désir de prendre le jouet qui n'est pas
le sien... et il attend de l'adulte de l'aider à contenir ce
désir car il ne peut y arriver tout seul. Il faut donc mettre
les limites qui manquent, lui faire découvrir qu'un désir
ne peut jamais être totalement comblé et que grandir
c'est apprendre à supporter la frustration. Maintenant c'est
la parole des adultes qui fait loi.
Hier,
il fallait dire oui au besoin, aujourd'hui il faut dire non au désir,
du moins à la tyrannie du caprice.
A
ce sujet, je me pose deux questions: d'abord, comment reconnaître
un caprice d'un besoin? Par exemple, la demande de calins est-elle
un besoin ou un caprice? Ensuite, comment dire non "en douceur"?
c'est-à-dire en restant fidèle à la philosophie
du maternage qui a été la mienne, comment réagir
à la colère de l'enfant frustré pour lui apprende
à la surmonter?
Deux
livres m'ont éclairée sur le sujet: celui d'Edwige Antier,
L'agressivité , indiquant le juste milieu entre la sévérité
et le laxisme. Elle met en lumière les besoins affectifs légitimes
de l'enfant qu'il est légitime de combler (entre autres le
besoin de calins et d'attention) et qui sont pris injustement par
les adultes pour des caprices. Une fois ces besoins satisfaits, l'enfant
peut supporter beaucoup mieux les frustrations inévitables
de la vie et accepter les limites de la réalité. Elle
conseille de répondre à la colère de l'enfant
par la tendresse et l'affection (ce qui ne signifie pas de céder
à son caprice mais de l'entourer d'amour dans les moment où
il se sent "méchant"). Dans la ligne d'Alice
Miller, elle désapprouve radicalement toute forme de punition
corporelle, estimant qu'il n'y a pas de "petite fessée".
Elle déconseille bien sûr d'abuser des cris qui rendent
l'enfant "sourd" à la parole adulte car il se blinde,
l'obligeant à crier de plus en plus fort. Aletha
Solter propose également d'être à l'écoute
des pleurs de l'enfant comme un moyen légitime de s'exprimer.
Voilà
une pédagogie idéale direz-vous mais ""pratiquement",
que faire pour ne pas s'énerver, pour ne pas craquer et pour
ne pas céder non plus? "Se faire obéir sans
crier" de Barbara Unell, propose des solutions pratiques,
de réelles alternatives aux cris et à la fessée.
Une méthode qui demande beaucoup d'investissement d'énergie
à court terme (crier et s'énerver paraît plus
efficace dans l'immédiat) mais réellement payante à
long terme car elle développe chez l'enfant l'estime de soi
et le goût de s'améliorer.
C'est
loin d'être facile pour la mère de modifier son attitude,
de commencer à dire "non" après avoir incarné
le "oui" pendant des mois. D'autant moins facile que l'allaitement
repose sur le principe de la réponse à la demande et
sur une attitude de disponibilité quasi totale. C'est pourquoi,
on attribue traditionnellement au père le rôle d'incarner
la loi et l'interdit. Conception un peu simpliste puisque dans la
réalité c'est la personne qui passe le plus de temps
avec l'enfant qui met pour la première fois des limites.
Malheureusement,
dans certains cas, ce sont les puéricultrices qui passent le
plus de temps avec l'enfant et et c'est à elles que revient
la tâche de lui apprendre les règles de la vie en société.
Cela me pose question. J'entends souvent autour de moi des réflexions
du genre: "Pendant les vacances, son rythme de sommeil s'est
détraqué, la crèche va remettre ça en
ordre", "elle apprendra à devenir propre à
la crèche", "mon fils s'est socialisé à
la crèche", "depuis qu'il va à la crèche,
il est plus discipliné, il y a des choses qu'on ne lui permet
pas là-bas" etc... Cela me donne l'impression que
certains parents délèguent la tâche d'éduquer
et surtout de "mettre des limites" aux professionnels. N'est-ce
pas un danger? Mettre très tôt les enfants en collectivité
ne favorise-t-elle pas la démission parentale dont se plaint
le milieu scolaire? Il y a matière à débat.
Xavière
Remacle
janvier
2003
Réactions
Je
viens de lire l'éditorial de janvier et il m'a vraiment parlé. Mon
petit Jules a maintenant 10 mois et c'est le moment de mettre des
limites. Il va à quatre pattes et essaie de tout attraper. Ce qui
me frappe c'est le besoin de câlins qu'il éprouve lorsqu'il est frustré
par un interdit. Par exemple, il se dirige vers une prise de courant,
je lui dis "Non", il insiste, je le déplace pour qu'il n'y aille pas,
et là, il se met bien sûr en colère mais se dirige vers moi pour que
je le prenne dans mes bras. Je me demandais pourquoi il faisait cela
alors que je m'attendais à ce qu'il s'éloigne de moi. Maintenant,
grâce à ton éditorial, j'ai compris qu'il se sent frustré et ressent
le besoin d'être rassuré. Merci beaucoup pour tes précieux éditoriaux
et tes conseils avisés Bises
Nath
Bonjour
Xavière, Je rigole encore toute seule après la visite de ton site
! Je retrouve tellement mon petit Mathis dans le journal d'Akira !
Que nos journées seraient plates sans eux ;o) A bientôt 11 mois, lui
aussi est entré dans la phase d'exploration-recherche des limites
avec l'acquisition du 4 pattes et de la station debout. Il use de
tous les stratagèmes pour parvenir à ses fins... "Vous avez dit non
? Ok, je vous regarde droit dans les yeux, je vous fais mon plus beau
sourire, voir même un p'tit coup de charme en penchant un peu la tête,
et ma main attrape discrètement ce que vous venez de m'interdire..."
Il y a des jours où j’avoue que je n’arrive pas à me retenir de rigoler,
même si du coup sa bêtise devient un jeu ;o) Et que de persévérance
dans ces petites têtes !!! C'est fou comme Mathis peut sursauter au
moindre "non !" de notre part, même sans crier (de toutes façon, un
peu plus fort et il pleure !), tout en recommençant sa bêtise 5 secondes
plus tard ! Après un maternage intensif, qu'il est dure de trouver
la bonne méthode pour ne pas devenir des dragons, mais ne pas le laisser
lui même en devenir un.... D'où l'art de savoir mettre les limites...
Je vais me pencher sur le livre de Barbara Unell que tu conseilles,
merci ! PS : j'ai craqué sur la photo de ta page d'accueil : splendide
! Bises,
Laure
Chère
Xavière, Excellent ton éditorial et même si ma fille n'a que 7 mois,
ce sont déjà des questions que je me pose, beaucoup influencée par
l'entourage: depuis sa naissance, on n'a pas cessé de m'abreuver de
conseils sur ce qu'il faut faire ou pas pour ne pas faire de ma fille
une enfant trop gâtée, tyrannique, capricieuse...: la laisser pleurer
(le fameux développement des poumons), ne pas la prendre dans les
bras, ne pas la bercer, ne pas dormir avec elle, et j'en passe et
des meilleures. Hier même à la crêche, le responsable nous a dit qu'il
trouvait la petite "plus capricieuse" depuis son retour de vacances
avec nous. Je ne peux m'empêcher de me sentir coupable quelque part...
Ce que tu dis du rôle attendu de la crêche est bien vrai: Je l'ai
pensé parfois et plusieurs mamans que je fréquente font les mêmes
remarques que tu as écrites. A méditer. L'article sur l'allaitement
et le travail est très bien. Je m'y suis retrouvée à quelques exceptions
près, et surtout dans ce que tu ne ferais plus: cela me servira pour
mon deuxième BB.
Frédérique
bonjour
Xavière! ton petit Akira a bien de la chance d'avoir une maman si
prévenante. :o) Alexandre a 11 mois maintenant, toujours au sein,
l'allaitement n'est plus tellement un souci ( bien qu'il ne fasse
pas encore ses nuits!!). De ce fait, moi aussi je me tourne vers les
livres de pédagogie qui aident à maintenir l'éducation dans la ligne
du "maternage" et donc de la sérénité. Cela me sert d'autant plus
que j'ai mon grand de sept ans, qui tout petit n'a pas bénéficié d'une
maman aussi "zen" que je l'aurais voulu!! Et maintenant je suis si
heureuse de parvenir à un résultat beaucoup plus efficace avec beaucoup
plus de calme!!... ;o) ahh que d'erreur peut-on commettre quand on
est mal conseillé et mal dirigé! De ce point de vue ton site est une
vraie mine d'or!! tous les renseignements dont je pourrais avoir besoin,
les sites, les livres, les conseils....y sont concentrés pour une
"éducation" des parents OPTIMALE. MERCI beaucoup de nous permettre
d'y avoir accès!! et aussi bravo pour AKIRA qui est vraiment très
mignon! bises A+
Marie
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