Enceinte,
je dévorais les livres sur l'éducation
des tout-petits pour comprendre quelles étapes mon fils allait
traverser. J'étais très anxieuse de savoir "quand"
il faudrait passer de l'une à l'autre étape. Quand donner
du solide, quand sevrer, quand le faire dormir dans sa chambre, quand
lui proposer tel jouet, lui lire un livre, le faire manger à
table, lui faire utiliser le trotteur, quand, quand ? J'ai quitté
la maternité un peu paniquée, me demandant comment j'allais
me débrouiller, comment je devinerais ce qu'il faut faire.
Mais mon bébé s'est vite chargé de m'apprendre
ce que je dois faire. Poussé par un élan vital irrépressible,
il m'a indiqué la direction de sa croissance et je l'ai suivi.
Il a tellement envie de tout: de s'asseoir, envie de se mettre debout,
envie de découvrir ce que mangent les grands, envie de participer
à une conversation, envie d'explorer le monde, envie de nager
dans l'eau. Mon fils est son propre entraîneur. Tous les jours,
il s'impose sans relâche une série impressionnante d'exercices.
On dirait un petit Hercule qui exécute ses douze travaux.
C'est
la lecture de Brazelton qui m'a donné confiance en moi. Il
encourage les parents à suivre leur intuition (leur coeur!)
et surtout à observer leur enfant. Un enfant n'a besoin que
d'une chose: d'amour, d'encouragement, d'un soutien à ses efforts,
d'une réponse à sa demande quand il est prêt:
prêt à manger du solide, prêt à ramper,
prêt à marcher, prêt à jouer seul dans son
parc, à dormir seul la nuit. J'ai eu l'intuition qu'il ne faut
rien forcer, ne pas devancer sa demande et combler le plus possible
le besoin du moment, qu'il puisse vivre chaque étape complètement.
Quelle libération de savoir qu'il n'y a rien de "spécial"
à faire pour élever un tout petit! Un enfant grandit
tout seul. Bien nourri, son corps se développe comme il faut
et l'évolution psycho-motrice se poursuit tout naturellement
à un rythme propre à chacun.
Un
livre passionnant m'a confortée dans cette idée: "L'éveil
de votre enfant" de Chantal de Truchis. Elle explique
comment aménager l'espace de la maison pour aider l'enfant
à faire ses progrès tout seul. Elle insiste sur la nécessité
de ne jamais le mettre dans une position qu'il ne maîtrise pas
encore, par exemple le caler assis avec des coussins. Il faut le laisser
partir de la position sur le dos qui est la plus naturelle pour qu'il
découvre par lui-même la façon de se rouler sur
le ventre, puis de s'asseoir, puis de se lever. Il essayera chaque
nouvelle position quand il sera prêt physiologiquement.
L'enfant
a ses propres objectifs. Quelques règles essentielles: éviter
tout ce qui peut entraver la liberté de mouvement, l'aider
le minimum dans ses entreprises, autoriser les entreprises dangereuses,
respecter le rythme du bébé, accepter son autonomie.
Cette
révélation fait réfléchir l'enseignante
que je suis. La vie c'est vraiment tout le contraire de l'école
qui programme l'éducation en décidant ce qu'il FAUT
qu'un enfant ait appris à la fin de telle ou telle année,
décrétant que celui qui n'y arrive pas est "en
retard" et freinant celui qui voudrait aller plus vite.
Quand
je vois la volonté et l'enthousiasme de mon fils à progresser,
je n'ai qu'une angoisse: qu'il perde cet élan à l'école
parce qu'on voudra l'obliger ou l'empêcher de faire les choses.
Je ne préconise pas de le laisser faire tout ce qu'il veut.
Je sais qu'il faut lui apprendre à respecter les interdits
et à supporter les contraintes. Mais pourquoi étouffer
le désir d'apprendre?
Il
y a vraiment matière à réflexion pour les pédagogues
qui s'interrogent sur la crise de l'enseignement. Le nombre d'élèves
qui, à l'adolescence, n'ont plus envie de rien, est impressionnant.
Notre système éducatif n'a-t-il pas cassé un
ressort chez eux à un moment donné?
Akira,
je t'en prie, reste comme tu es!
Xavière
Remacle
mai
2002
Vos
réactions
Oh,
combien j'approuve ce que tu dis en matière d'éducation.... Partir
de l'enfant........de ce qu'il SAIT déjà faire aujourd'hui...et non
de ce qu'il "DEVRAIT SAVOIR faire".....Différencier les apprentissages,
oui, oui et oui, mais quelles exigences du système éducatif...les
programmes, le regard de la société.......... !Quel débat ! Comme
toi, je suis enseignante et j'essaie, tant bien que mal, d'accompagner
mes élèves dans leurs apprentissages et non de leur "transmettre un
savoir" qu'ils n'auraient qu'à avaler ....(et digéreront ceux qui
le pourront )!
Sandra.c,
maman de Hugo et Juliette
J'ai
bien lu ton éditorial. Tes arguments sont tout à fait convaincants,
mais néanmoins, je serais plus nuancée. Car apprendre en groupe est
aussi une compétence à acquérir. Respecter le travail d'autrui, se
mettre au rythme des autres, être tous dans le même bateau, c'est
aussi apprendre la citoyenneté. Nous sommes dans une société où l'individualisme
est mis en exergue, il faut réapprendre la solidarité. Pour moi, le
respect du rythme de quelqu'un peut passer simplement par le fait
de ne pas critiquer sa lenteur ou sa précipitation ... L'idéal est
bien sûr de trouver le juste équilibre entre le développement personnel
et social : j'ai déjà eu des classes extrêmement harmonieuses malgré
la cohabitation d'élèves brillants et d'étudiants présentant de sérieuses
difficultés. Respecter chacun, dans ses capacités, oui, tout à fait,
mais il y a des élèves qui ont besoin d'être poussés, sinon, il ne
font rien (si ce n'est pas pour des points, ils n'étudient pas). C'est
là tout le problème de la motivation. Parfois, il faut montrer ce
que l'on peut faire pour donner l'envie de suivre l'exemple ... Un
élève ignore parfois que telle ou telle chose existe et si on ne lui
en parle pas, il peut rater sa vocation (choix de la profession, comment
pourrait-il opter pour quelque chose dont il ignore l'existence ?
Parce qu'à 18 ans, son expérience et ses connaissances sont "limitées")
Je citerais également l'exemple d'un élève malvoyant qui parvient
à suivre les cours de manière brillante. Si l'on n' avait tenu compte
que de ses capacités visuelles, il serait dans l'enseignement spécial.
Et pourtant, il se débrouille très bien dans le général ... et par
son comportement volontaire, fait réfléchir les "paresseux" ou les
"profiteurs" de la classe. Je dirais que tout ne vient pas naturellement
dans l'apprentissage (marcher, parler ... sont naturels, ce sont des
savoirs-faire) mais il y a une partie de savoirs que nous ne pouvons
pas occulter. C'est ce que je reproche aux programmes actuels : ils
se concentrent sur les savoirs-faire, mais les savoirs sont ignorés.
Je pense qu'il faut trouver un équilibre entre les deux. Un inspecteur
prenait l'exemple suivant : quand on apprend à nager, on n'apprend
pas à faire les mouvements et puis, quand on connaît la technique,
on va enfin à la piscine ... Non, quand on apprend à nager, on va
à la piscine et on apprend les mouvements directement dans l'eau.
Je suis tout à fait d'accord avec cet exemple, mais je ne compare
pas un cours de langues à un cours de natation, je le comparerais
plutôt à des leçons d'auto-école : vous avez beau être capable de
tourner le volant, de changer de vitesse et d'appuyer sur les pédales,
si vous ne connaissez pas la signification des panneaux routiers,
vous risquez d'entrer dans un sens interdit et de provoquer un accident"
!!!
Laurence
Jouret
Bonjour
Xavière, je me retrouve entièrement dans tes réflexions. Moi aussi
j'adore lire et surtout des ouvrages sur l'éducation en général( sûrement
influencée par un passage par l'IUFM, et mon travail actuel au CDI
d'un collège), je ne me lasse pas de chercher à comprendre les faits
et gestes des enfants, et des ados que je côtoie tous les jours.
Paradoxalement, pendant ma grossesse, je n'ai lu aucun bouquin, sauf
"j'attends un enfant" de Pernoud, parce qu'on me l'a offert. J'ai
préféré pour une fois, (moi qui suis attaché à ce besoin de connaitre
les théories avant de passer à la pratique), sentir les choses, imaginer
ma vie future avec le bébé, rêver à ce petit bout de
chou. Et je ne le regrette pas, et maintenant, que ma puce est là,
je n'ai pas trop le temps de lire, je vis au jour le jour, je la regarde
s'éveiller, et je la suis, à son rythme, je ne lui impose rien, c'est
elle qui me guide, c'est elle qui m'a fait devenir mère et c'est elle
qui fera de moi un bon parent, et non les livres.Ce que je lui apporte
tous les jours sans compter c'est l'amour et l'attention, c'est je
pense grâce à cela qu'elle deviendra une petite fille épanouie.
Coralie
réactions
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