Ce que l'allaitement m'a apporté

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Pour offrir à mon enfant le meilleur "capital santé", j'étais prête à tous les sacrifices. C'est pourquoi l'allaitement m'a paru comme une évidence. Je voulais réussir à tout prix l'entreprise. M'étant mis dans la tête que "ça marcherait" je me suis organisée comme si le lait en poudre n'existait pas. Après la lecture de certains livres je me préparais d'avance à une série de difficultés: nuits difficiles, poussées de croissance, crevasses, engorgement ou lymphangites, manque de lait, courbe de poids irrégulière etc... J'ai eu la chance de n'en rencontrer aucune, en partie parce que j'ai agi instinctivement (tétées à la demande), en partie parce que j'ai rencontré une pédiatre très favorable à l'allaitement qui m'a soutenue.

Cette année la SMAM 2002 insiste sur les bienfaits de l'allaitement pour l'enfant, surtout du point de vue médical (allaiter c'est bon pour la santé). Je voudrais plutôt parler de l'allaitement vu du point de vue de la mère et des nombreux avantages qu'elle peut y trouver. On en parle trop comme d'un "sacrifice".

 

L'allaitement m'a aidée à m'attacher à mon bébé. Après la naissance par césarienne, j'étais complètement assommée par les produits anesthésiants, épuisée par les effort d'un accouchement difficile. J'étais dans un état second dont j'ai eu du mal à sortir. Pour ces raisons, on a mis mon enfant en service de néo-natalité et j'en ai été séparée 24h. Quand j'y repense, je trouve que c'est très long. Mais j'étais tellement malade suite à l'anesthésie (générale) que je n'ai pas vu le temps passer et je me sentais incapable de m'occuper de mon bébé. Je pensais que le personnel infirmier le ferait mieux que moi. J'avais envie de me reposer sur eux. J'étais dans un état d'esprit tel que j'aurais trouvé tout à fait normal qu'il s'en occupe complètement le temps de mon séjour à la maternité. Seulement voilà, j'avais décidé de l'allaiter et cela personne ne pouvait le faire à ma place. Quand l'infirmière m'a mis le bébé au sein, il s'est passé quelque chose de très fort: au moment où mon fils a aspiré le téton, je me suis sentie adoptée en tant que mère et totalement responsable de lui. L'attachement était créé. J'ai compris plus tard que dans l'état où j'étais, le biberon aurait retardé cet attachement ou l'aurait rendu plus difficile.

De retour à la maison, l'allaitement m'a donné confiance dans ma compétence de mère. L'allaitement crée un échange unique entre la mère et l'enfant. Nul besoin de consulter des livres, de doser de la poudre, de lire les instructions des boites de lait et d'en décoder les composants. Il faut seulement apprendre à observer son enfant car c'est lui qui vous indique ce qu'il faut faire: les doses, le rythme. Votre corps fabrique pour lui un menu "à la carte" parfaitement adapté à son âge et à ses besoins. Dans le même temps vous faites l'éducation nutritionnelle de votre enfant car il apprend à écouter son corps, à faire confiance à ce qu'il ressent (il n'a plus faim: il arrête de téter tout simplement; il a un besoin affectif ou de succion: il se contente de tétouiller etc...), et il découvre différentes saveurs (en fonction de l'alimentation de la mère). Ce sentiment de compétence s'est bien vite étendu à tous les domaines. Allaiter entraîne toute une philosophie éducative, une façon de materner son enfant: beaucoup de contact corporel,l'écoute de ses émotions, le respect de son rythme de sommeil et de son développement psychomoteur, sa reconnaissance comme être unique, le refus de le comparer et de le faire rentrer dans un moule. Je ne dis pas que les mamans qui donnent le biberon ne développent pas ces attitudes, mais l'allaitement les favorise en tout état de cause.

Un autre avantage affectif de l'allaitement pour la mère, c'est qu'il aide à supporter la séparation d'avec l'enfant. Les premiers mois, le rythme soutenu des tétées crée un attachement physique très fort avec le bébé. Un allaitement bien conduit suppose que la mère ne se sépare jamais de son enfant plus de 2 ou 3 heures dans une journée et si elle veut prolonger cet allaitement au moins une année ou deux (comme le préconise l'OMS), elle ne peut pas s'absenter plus de 24h.
Je pense que la nature a bien fait les choses car les pédopsychiatres découvrent à quel point l'éloignement physique de la mère perturbe le bébé dans le courant de la première année. Edwige Antier déconseille fortement de se séparer de l'enfant plus de 3 jours surtout la première année mais même jusqu'à 3 ans. Le bébé qui n'a pas la capacité d'anticiper le retour de sa mère le vit comme un abandon. Me séparer huit heures par jour de mon enfant de 2 mois et demi, cela me paraissait raisonnable pendant la grossesse, mais une absurdité en cours d'allaitement et j'ai regretté amèrement de ne pas avoir demandé un congé parental. Je ne pouvais pas prévoir à l'avance la réalité d'un bébé de deux mois et demi: un bébé qui tète encore 8 fois par 24h, le jour et la nuit. Tant de mères les mettent à la crèche à cet âge-là, je pensais que j'y arriverais aussi. Quand j'ai réalisé que cela compromettrait l'allaitement, je me suis révoltée. J'ai tout fait pour trouver une solution pour rester à la maison.
Les mères qui allaitent ont apparemment plus de mal que les autres mères à reprendre le travail précocement mais quand on leur permet d'attendre un âge raisonnable (6 mois par exemple, l'âge de la diversification alimentaire), l'allaitement prolongé a l'effet inverse. Il donne un sentiment de sécurité affective à la mère. On oublie qu'il n'est pas facile pour une maman de confier son enfant à quelqu'un d'autre. Elle pense la mort dans l'âme qu'il va passer plus de temps avec la gardienne qu'avec elle, que cette gardienne aura la chance d'assister à son évolution et à ses progrès. Dans son for intérieur, elle craint (même si ce n'est pas fondé) un déplacement d'attachement: et s'il finissait par aimer sa gardienne plus que moi? La mère qui allaite est à l'abri de telles angoisses car elle se sait irremplaçable. Elle restera toujours la mère qui donne le sein. Tous les autres soins peuvent être donnés par d'autres personnes, sauf celui-là. L'allaitement m'a aidé à confier mon enfant le coeur léger, heureuse de lui faire découvrir d'autres personnes en lui donnant la certitude que l'autonomie ne remet jamais en cause l'attachement. Quel plaisir de récupérer le soir un petit garçon content de sa journée mais enthousiaste de retrouver l'intimité avec sa maman. L'allaitement prolongé procure des moments très forts et très émouvants.

A ce propos, j'ai trouvé dans l'allaitement un moyen efficace de lutter contre le stress. La vie d'une jeune maman est extrêmement stressante. La tétée procure un moment de détente inestimable. Je pense qu'il a un effet hormonal mais aussi sur l'état mental. La tétée du soir en particulier m'aide à me vider la tête de tous mes soucis. Allongée près de mon fils dans une semi obscurité, je me concentre sur le rythme de sa déglutition et sur sa respiration qui se régularise. Il ne me faut pas longtemps pour sombrer dans le sommeil. Je vis ce moment comme un recueillement, une prière cosmique. Je suis émerveillée par ce petit être qui me témoigne toute sa confiance en s'endormant près de moi et je trouve que la vie vaut la peine d'être vécue. La tétée du matin quant à elle remet en ordre mon échelle de valeurs: le travail c'est important mais jamais autant qu'un enfant, pas question de speeder pour aller au bureau.

L'allaitement m'a donné de la liberté. Si l'on envisage pas de se séparer longtemps de son enfant, qui a dit que l'on ne pouvait pas l'emmener avec soi en voyage, chez les amis, au musée etc... ? L'allaitement rend tout cela si facile! Pas de matériel à emporter, pas d'inquiétude sur la qualité ou la quantité de nourriture que l'on trouvera sur place, ni sur les problèmes de sieste: une tétée et tout s'arrange. J'ai appris à allaiter en public sans complexe. En portant des vêtements compatibles tout devient possible dans la discrétion: au restaurant, dans le train, à la plage, à l'hôtel, dans un parc. Même avec un enfant plus âgé.

L'allaitement m'a donné la motivation pour continuer à vivre de manière saine. J'ai arrêté de fumer et de boire de l'alcool pendant la grossesse. Pourquoi s'arrêter en si bon chemin? Je continue à éviter tout ce qui est nuisible pour mon enfant (et donc pour moi) et qui peut être transmis dans le lait. Non seulement j'ai renoncé complètement au tabac, j'évite l'alcool autant que possible mais également le café, le thé et je veille à l'équilibre de mon alimentation. L'allaitement prolongé m'a fait perdre le goût et jusqu'au souvenir de ces mauvaises habitudes.

 

Voilà pour moi les bénéfices essentiels de l'allaitement. Mais il y en a d'autres plus pratiques. Je pourrais ajouter:

-l'allaitement est gratuit, il fait faire de sérieuse économies
-le lait maternel ne tache pas, il préserve les vêtements
-les selles du bébé allaité sont presque inodores, changer la couche est plus agréable
-le lait maternel est toujours prêt à bonne température, pas besoin de stériliser du matériel, ni de chauffer le biberon

-un bébé allaité est rarement malade: des soucis en moins pour les parents

Vous penserez peut-être que j'allaite par pure paresse. Il y a de ça aussi. J'ai envie de me simplifier la vie pour avoir du temps pour l'essentiel.

 

Xavière Remacle

Réactions

 

Chère Xaviere, Je connaissais déjà ton site mais je ne l'avais pas parcouru entièrement (toujours faute de temps...)et je l'avais déjà trouvé magnifique... Mais j'ai lu tes articles écrits spécialement pour la SMAM 2002 et j'ai vraiment été émue... Tu décris très bien ce qu'est l'allaitement, cette aventure au jour le jour, au rythme de chacun...J'ai trouvé splendides les photos en noir et blanc des bambins allaités et co-allaités...A tel point, que moi qui disais vouloir sevrer en douceur Enora avant le début d'une autre grossesse, j'en reviens...C'est tellement beau ces enfants ensemble qui tètent...Cette complicité... Tant pis quitte à être à l'envers de tout le monde, autant l'être jusqu'au bout !! Je partage aussi ton avis sur le congé parental...En ce qui me concerne, j'ai agi trop vite avec Enora, je ne referais pas la même erreur avec nos autres petits lutins... Je suis actuellement en attente d'un poste à mi temps, que j'espère obtenir pour Décembre... Voila en vrac toutes mes impressions... Je voulais encore te remercier (on ne ferai que ça sur ce site !!)car j'étais un peu démotivée face à l'allaitement prolongé (je me suis vraiment sentie agressée ces dernières semaines au point de douter de nous) et ta détermination m'a regonflé le cœur pour de longs mois... Alors j'envisage sérieusement le co-allaitement, l'allaitement prolongé et je reste ferme sur l'indispensable nécessité du portage des bébés !! Enormes bisous à toi, bravo pour ton site !! Merci @+++
Steph' :o)

 

Oui, vraiment bravo Xavière ! Comme Steph, j'ai du mal à dégager du temps, mais j'ai vu une bonne partie de ton site magnifique et tes articles sur l'allaitement m'ont touchés. Quoi de plus merveilleux en effet que de voir son petit babychoux se réfugier contre soi, frotter son nez et sa petite bouche en cœur sur son sein et de le voir grandir en lui donnant le meilleur ? Et quand il commence à grandire, quoi de plus attendrissant que de le voir soulever nos vêtements pour nous faire comprendre qu'il a faim ? Equilibre, anti-stress, amour, simplicité, vie vraie et saine... Pas de doute, l'allaitement est un des moments de la maternité le plus merveilleux à vivre !!! Pour moi aussi, la route pour la " planète allaitement " s'est imposée comme la seule, j'en suis fière et tant pis si on me prend pour une ET ou une baba cool bizarre et étrange ! C'est l'allaitement qui est normal, pas le biberon et je trouve que c'est vraiment la plus belle façon que nous avons, nous, les mamans, de dire à nos bébés combien nous les aimons :-))) Je te rejoint aussi sur la seule tache à ce tableau idyllique (que tu évoques magnifiquement bien) : notre société, malheureusement trop axée sur le temps, n'est absolument pas adaptée aux femmes qui allaitent. En allaitant à la demande, nous sommes effectivement transportées sur une île hors du temps. Comment programmer des rendez-vous sans risquer de tomber sur une TT ou un dodo ? Comment repartir dans la course infernale du " métro-boulo-dodo " que nous impose la reprise du travail, alors que nos bébés n'ont même pas 3 mois et ont besoin de nous à 100% ? Nous avons besoin de vivre au rythme de nos BB, et on nous demande et nous incite même à faire entrer de force nos BB dans notre rythme fou ! Ont va même jusqu'à donner de la farine aux tout petits pour qu'ils fassent leur nuit plus vite, alors que leur estomac est encore immature et incapable de bien l'assimiler ! Et bien moi, j'ai retiré ma montre pendant ma grossesse et ne l'ai pas encore remise ! J'ai dormi avec mon bébé jusqu'à ce qu'il fasse ses nuits de lui-même. J'ai essayé de respecter au maximum ses besoins et de faire abstraction des détracteurs qui vous parle de mauvaises habitudes, d'enfants capricieux qu'il faut laisser pleurer, etc. Dans le monde du travail, on dit que le temps est de l'argent. Et bien dans le monde des mamans, le temps est une aberration, qu'il faudrait soit doubler pour leur permettre de mener de front toutes les taches qui leur incombent (mère, épouse, salariée, …), soit supprimer pour leur permettre de retourner à l'état de nature qui serait le plus propice à un démarrage sain et équilibré de leurs petits choux ! J'ai lu quelque part que les bébés auraient besoin de 18 mois de gestation environ. Comme le corps de la maman ne peut les accueillir que 9 mois, après quoi ils seraient trop gros, les 9 mois suivants devraient être des mois où rien ne doit séparer la mère et l'enfant, qui doivent rester étroitement liés. Au lieu de ça, le congé légal de maternité donne à peine le temps au bébé de comprendre la différence entre le jour et la nuit, et déjà, on le sépare de sa maman pour une journée qui peut durée jusqu'à 12 h dans mon cas avec le temps de transport ! ! ! J'ai pu m'organiser pour prolonger mon congé maternité jusqu'au 5 mois ½ de mon fils. C'est déjà bien au regard du congé légal, mais encore beaucoup trop tôt, puisque je l'allaitais encore exclusivement. Pourtant, je sais que je fais malheureusement partie des exceptions en France. Alors, à quand l'harmonisation européenne avec les pays Nordiques qui seuls semblent avoir compris à quel point un enfant a besoin de sa maman la première année ? ? ? Allez, encore bravo et merci pour ton exemple qui regonfle le moral ! Courage à toutes celles qui veulent allaiter en travaillant, ce n'est pas toujours facile, mais c'est possible ! ! ! Bises
Laure

J'ai particulièrement apprécié ton passage sur le fait que l'allaitement t'a permis de confier ton enfant de façon plus sereine, en toute sécurité affective. C'est exactement ce que je voulais exprimer à ma maman qui me dit aujourd'hui que d'avoir allaité 5 mois c'est déjà bien et que continuer à allaiter alors que je reprends le boulot ça va me compliquer l'existence... D'ailleurs, je pense que je vais lui imprimer ta page... Elle comprendra sûrement mieux pourquoi je veux continuer d'allaiter mon petitou... MERCI!
Soleane

Ton témoignage exprime pleinement ce que je ressens en ce moment, tu as su trouver les mots pour dire combien l'allaitement est magique. Merci Xavière. Amitié.
Hélène

J'arrive à l'instant de ton site. Mille BRAVOS et Félicitations... Très beau témoignage. Les journalistes du Monde devraient publier ce texte et non pas des extraits de thèse de sage femme sur les difficultés de l'allaitement. Je me reconnais totalement à travers les 6 principaux avantages que tu mets en avant. Enceinte je m'attendais à une lutte quotidienne pour allaiter, il n'en est rien, zéro problème. Comme toi, biberons, chauffe bib et lait indus ont été bannis les 5 premiers mois de la vie de mon fils (il en a 10 maintenant et tjrs 2 tt/jours). J'ai été plus chanceuse que toi pour l'accouchement, tu es d'autant plus courageuse de t'être accrochée ainsi, je te prendrais volontiers comme "argument" et exemple dans mes conversations avec mes amies futures maman. D'ailleurs ma plus grande fierté : accompagnée une amie et sa fille depuis le 07 août 2002 dans leur aventure...c'est grisant de se dire que quelque part on participe un peu à cette joie. QUE TON TEMOIGNAGE "EVANGELISE" TOUTES LES MAMANS TENTEES PAR CETTE AVENTURE MAGIQUE QU'EST L'ALLAITEMENT !!!! avec toute mon admiration.
Elisa

Salut Xavière, Ton témoignage m'a beaucoup touchée. D'autant plus que j'ai eu une césarienne (pas générale comme toi) mais mon bb ne respirait pas seul et nous avons été séparés deux longues journées. Son père et moi étions très inquiets car on parlait de problème cardiaque. J'ai eu si peur! L'allaitement m'a vraiment permis de rencontrer mon bb. J'ai eu beaucoup de chance qu'il n'ait pas pris l'habitude du bib pendant ces 2 jours. Tout ce que tu décris est tellement vrai! C'est un tel moment de bonheur de se retrouver le soir et de se vider la tête des soucis avec son petit qui tète. Pourquoi les gens nous regardent avec dégoût? Pourquoi nous prennent-ils pour des membres d'une secte? Bises Nath J'ai beaucoup aimé ton témoignage et je m'y suis bien retrouvée (césarienne non prévue, volonté forte de réussir l'allaitement). Je t'envie la première mise au sein, parce que pour moi, les premières mises au sein ont été très difficiles. Je t'envie aussi d'avoir pu prolonger ton congé maternité (ce que tu as fait, semble-t-il). Enfin, j'allaite ma petite de 4 mois et c'est un grand bonheur. Je tire mon lait la journée et la nounou le lui donne, mais je garde le privilège du sein et je suis sûre qu'elle ne regarde jamais la nounou en souriant la bouche grande ouverte comme elle le fait quand je défais mon soutien gorge ! Enfin, félicitations, ton témoignage est très beau et je crois bien que je vais le copier. Ca pourra me servir pour motiver d'autres mamans. Mais pourquoi dis-tu que le lait maternel ne tache pas ? Tu veux dire qu'il part bien à la machine, je suppose
Virginie

 

 

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