Allaiter et travailler,

c'est possible!

 

De nombreuses mamans sur les forums demandent comment il faut si prendre pour allaiter exclusivement tout en travaillant. Après avoir expliqué à maintes reprises comment je me suis débrouillée, j'ai décidé de mettre mon témoignage en ligne pour qu'il soit utile à d'autres parents.

 

 

Avant la naissance de mon premier enfant, et en écoutant les témoignages de mon entourage, je pensais que j'allaiterais trois mois, la durée du congé de maternité, et je trouvais que ce n'était pas si mal par rapport à un grand nombre d'amies qui n'avaient pas allaité du tout ou seulement quelques semaines. Je pensais que l'allaitement long était incompatible avec la reprise du travail et que le sevrage devait coïncider avec la fin du congé de maternité.

Une collègue m'avait expliqué qu'elle avait pratiqué l'allaitement mixte à la reprise du travail jusqu'à six mois: une tétée le matin et le soir et du lait hypo-allergénique en journée. Je trouvais ça épatant d'allaiter si longtemps!

J'étais loin de me douter que je donnerais le sein plus de dix-huit mois. A la date où j'écris ce texte je n'envisage pas de penser au sevrage avant l'âge de deux ans sauf si mon fils en décide autrement.

 

La philosophie

 

En effet,ma vision des choses a complètement changé après la naissance de mon fils, à l'instant même où je l'ai tenu dans les bras et où il a tété pour la première fois. J'ai découvert un mode de nourrissage idéal pour ne pas dire idyllique et quand j'ai touché le terme de mon congé de maternité, j'ai ressenti de la révolte. Comme ce congé était court, quelle violence est faite à l'enfant (et à la mère) en imposant un sevrage si précoce!

C'est par hasard que j'ai appris que le mode de lactation changeait après quatre mois pour devenir "automatique", stimulé non plus par la chimie hormonale mais par le mécanisme de la succion. Je me suis donc donné comme objectif de "tenir" quatre mois en allaitement exclusif pour mettre de mon côté toutes les chances d'un allaitement long. Ensuite ma pédiatre m'a encouragée à viser les six mois, pour passer directement du sein au solide.

J'ai atteint cet objectif et la diversification alimentaire commencée à cinq mois et demi m'a permis de continuer trois tétées par jour jusqu'à aujourd'hui et de me passer complètement de lait de vache.

Les féministes des années septante brandissaient le biberon comme symbole de leur libération car après avoir été confinées dans le rôle de mère, elles voulaient travailler et faire carrière. Les féministes du XXIème siècle veulent concilier les deux: être mère et travailler. Le symbole de cette conciliation pourrait être le tire-lait, outil indispensable à cette entreprise (à moins de travailler à domicile aidée d'une nounou qui vous apporte le bébé à l'heure de la tétée).

 

 

La pratique

 

 

 

 

 

* j'ai acheté un bon congélateur (-19°)

* au début tirer son lait est difficile car cela représente une tétée supplémentaire pour l'organisme qui a besoin de quelques jours pour s'y habituer. J'ai commencé à tirer mon lait à partir du troisième mois quand mon fils faisait ses nuits, de préférence le matin tôt parce que le sommeil favorise la lactation mais une heure avant le réveil du bébé et sa première tétée car il faut au moins 50 minutes de "récupération" pour renouveler le réflexe d'éjection et je ne voulais pas le priver de lait. Quand ce n'était pas possible, par exemple parce que le bébé s'était réveillé trop tôt, je tirais le lait en plusieurs fois sur une journée entre les tétées et quand j'avais rempli plus ou moins 180 ml je le mettais au congélateur.

* j'ai conservé le lait dans des sachets Avent fermés par un système de pinces en inscrivant soigneusement la date et je me suis constitué un "stock" de sorte à avoir toujours plus ou moins une dizaine de sachets de réserve. Il faut donc commencer à tirer son lait plus ou moins une quinzaine de jours avant la reprise du travail.

* Dès que j'ai dû m'absenter pour le travail (au début un maximum de 4 heures vers les 3 mois et demi), je faisais décongeler un sachet sous le robinet d'eau chaude et je l'ai fait donner au biberon Avent par le papa ou la gardienne.

* Je n'ai jamais donné le biberon moi-même, ni même fait donner le biberon en ma présence. Cela perturbe le bébé qui se révolte car il pense que sa maman veut le sevrer. Je n'ai pas non plus préparé à l'avance mon bébé à mes absences en donnant des biberons pour l'habituer: cela compromet l'allaitement car cela remplace une tétée et peut diminuer la lactation, surtout dans les quatre premiers mois. Quand j'étais là, j'allaitais "naturellement", quand j'ai dû m'absenter, j'ai expliqué à mon fils comment cela allait se passer et il a bu le biberon sans problème en mon absence et sans faire de confusion sein-tétine (merci Avent!) Je donnais le lait dans l'ordre des dates de conservation (toujours le plus ancien)

 

* Quand j'ai commencé à m'absenter de longues journées (parfois 12h d'affilée), j'ai tiré mon lait sur mon lieu de travail à la place des tétées, c'est-à-dire plus ou moins toutes les quatre heures. L'employeur doit normalement accorder une pause allaitement d'une heure par jour (non rémunérée) qui peut servir à cet usage. Mais je n'y ai jamais eu recours car je tirais mon lait pendant ma pause de midi. Cela me prenait un quart d'heure. Je le faisais dans les toilettes (pas très agréable) ou dans un bureau fermé à clé.

* Une fois le lait tiré, je fermais l'anneau de maintien du sachet de conservation avec le couvercle à biberon et déposais le sachet dans le frigo du bureau. Sur une journée de 12h je tirais mon lait une deuxième fois.

* Pour le transport jusqu'à la maison, je déposais les sachets de lait dans la valisette de conservation (ci-contre) avec des blocs de réfrigération pour maintenir le lait à basse température.

* Arrivée à la maison, je remplaçais le couvercle étanche par une pince et je mettais le sachet au congélateur.

Il faut donc disposer au bureau d'un frigo pour garder le lait au froid, muni d'un petit surgélateur (pour garder congelés les bloc de réfrigération)

 

 

J'ai maintenu ce rythme pendant dix mois, jusqu'à ce que la diversification alimentaire soit bien installée et que mon fils puisse se passer d'un biberon de mon lait en mon absence. J'ai alors arrêté de tirer mon lait au travail et j'ai maintenu jusqu'à aujourd'hui trois tétées par jour: une au réveil, une à mon retour, une au coucher. Quand je ne travaille pas je donne une tétée supplémentaire avant la sieste.

J'ai donc tiré mon lait pendant sept mois sans trop de difficultés. Le temps est passé si vite.

Je tire encore mon lait de temps en temps pour l'utiliser comme médecine (soigner les rhumes, les fesses rouges etc...) mais cela devient de plus en plus difficile car, à ce stade, les seins produisent uniquement sous l'effet de la succion et le tire-lait est beaucoup moins efficace que la bouche d'un bébé!

Depuis que mon fils a 17 mois, il accepte enfin le lait de vache à petite dose (il l'avait toujours refusé auparavant) et son père lui en donne (lait de croissance) quand je dois partir tôt le matin et que je ne veux pas le réveiller pour la tétée ou quand je rentre tard le soir.

Mais je ne lui en ai pas présenté trop tôt car je suis persuadée qu'il faut éviter de donner du lait de complément (de suite ou de croissance) même pendant la diversification car il est très nourrissant pour ne pas dire bourratif et le bébé est moins motivé pour téter au retour de sa mère. Autour de moi les exemples abondent d'enfants qui se sont détournés du sein plus tôt que leur mère ne l'aurait voulu après avoir reçu du lait de vache en journée. Les mères sont hantées par la crainte de ne pas avoir assez de lait pour leur enfant et se croient obligées de compléter pour assurer les fameux 500 ml quotidiens. Il faut avoir confiance en soi et savoir que le lait maternel est plus nutritif et digeste que le lait de vache, l'enfant peut donc en consommer moins pour le même bénéfice. 350 ml de lait humain vaudrait 500ml de lait de vache, même celui de croissance supervitaminé etc... 350 ml représente plus ou moins deux tétées par jour, quoi de plus simple?

Une fois que la diversification a commencé, à condition que la mère ait passé ce fameux cap des quatre mois, il n'y a plus aucun obstacle à prolonger l'allaitement autant que la mère et l'enfant le désirent (certaines mères allaitent jusqu'à cinq ans!), le travail ne représente plus un empêchement. La période la plus délicate se situe donc entre la fin du congé de maternité et la diversification alimentaire commencée à six mois. Il faut donc "tenir le coup" trois mois. C'est tout à fait possible!

 

Si c'était à refaire

 

Je m'y prendrais de la même façon à quelques petits détails près. Avec l'expérience et les informations dont je dispose aujourd'hui:

* je ne donnerais jamais de tétine au bébé (heureusement il l'a peu utilisée et l'a rejetée après trois semaines)

* j'utiliserais plutôt la cuillère Medela (softcup)que le biberon pour éviter à tout prix la confusion sein-tétine (c'est par chance que mon fils n'a pas eu ce problème)

* j'utiliserais plutôt un tire-lait électrique à double pompage

* je diversifierais plus tard (vers 7 mois). J'ai commencé sur les conseils du pédiatre vers cinq mois et demi pour l'habituer aux solides avant ma reprise du travail mais je sais maintenant que ce n'était pas nécessaire avec le stock de lait tiré dont je disposais.

 


 

Vos réactions

Chère Xavière, Si j'avais eu ton article à mon 2ème bb,je te jure que je n'aurais pas arrêté l'allaitement à 3 mois, date de reprise du travail, il faudrait le distribuer dans toute les maternités à toutes les mamans qui désirent allaiter. Je trouve d'ailleurs qu'il faudrait,comme il existe le guide Baby Boom et autres dans la boite rose,un manuel offert gratuitement à toute maman qui désire allaiter et qui reprendrait les questions et réponses les plus courantes rencontrées lors d'un allaitement. J'ai 4 enfants et à chaque fois j'ai allaité mes bébés et à chaque fois aussi les obstacles ont signifié la fin de l'allaitement par manque de connaissance manque d'encadrement peu importe c'est le résultat qui compte : je voulait nourrir mes bébés et je n'ai pas su le faire et j'en ai été frustrée Aujourd'hui j'allaite Rachel(8 mois) j'ai la chance de pouvoir rester à la maison(congé parental)mais j'ai egalement ressenti cette injustice quand j'ai dû arrêter un allaitement qui se passait super bien en plus pour devoir travailler Xavière,je te remercie de tout mon coeur de maman d'avoir su écrire ce que j'ai ressenti

Fabienne

 

Donc voilà, j'ai lu religieusement tes articles de la SMAM 2002. J'ai beaucoup aimé celui sur les différents avantages de l'allaitement. Moi, je suis certaine que si je n'avais pas allaité j'aurais fait une dépression terrible après mon accouchement. J'ai mis des semaines à faire le "deuil" de ma grossesse, à accepter l'idée que ces neuf mois merveilleux étaient terminés et que si on recommençait ça serait un autre bébé et une autre grossesse. Une autre histoire en somme.... L'allaitement m'a vraiment aidé pour tourner cette page car il me maintenait (et me maintient encore d'ailleurs, mais j'en ai moins besoin) dans un rapport étroit d'intimité physique avec mon bébé. Comme le dit très justement une maman qui a réagi à ton témoignage, c'est tellement plus bénéfique pour la promotion de l'allaitement de mettre l'accent sur tous ces points positifs plutôt que sur les multiples difficultés qu'une jeune maman va rencontrer (cette info là est importante aussi bien sûr, mais pas suffisante). Quant à travailler et allaiter pour moi ce n'était pas même envisageable. Ca ne m'était pas venu à l'esprit ou du moins je croyais que ce n'était pas possible. Comme l'allaitement me tenais à coeur, j'ai pris 6 mois de congé supplémentaire. C'est sans regret, je me régale, je papouille, je caline, je nourris, c'est merveilleux, mais parfois un peu long....... Pour un prochain bébé et maintenant que je sais qu'allaiter et travailler c'est possible, je penserai sans doute au mi-temps. C'est important aussi le travail des mamans!!!!! Merci donc pour tes interventions

Alice, maman de Niels, 8 mois

salut Xavière, ça faisait longtemps que je n'avais pas été sur le site de ton bout de chou, ni sur le site monallaitement.com, par manque de temps, ma puce m'occupe à plein temps pour mon plus grand bonheur. Ton bb est tout simplement superbe, il a des yeux adorables. Tes articles sur l'allaitement devraient être lus par toute future maman.Je suis aujourd'hui a 8 mois d'allaitement grâce au soutien des filles du forum.Maintenant j'y vais moins parce que tout roule, je me dis parfois que maintenant que tout va bien, je ne suis pas prête d'arrêter, sauf si ma petite Léa ne veut plus du sein, mais ce n'est pas pour tout de suite.Allaiter ce n'est que du bonheur, et je voudrais te remercier de m'avoir encouragée par ton exemple . A bientôt,

coralie

 

 

 

vos réactions

retour SMAM 2002

retour Accueil