Allaiter longtemps, pourquoi pas?

 

 

Quand j'ai commencé l'allaitement, j'espérais modestement "tenir" jusqu'à la reprise du travail. Quand j'ai appris que l'OMS préconisait 6 mois d'allaitement exclusif, j'ai tout fait pour concilier l'allaitement avec ma vie professionnelle et j'ai utilisé le tire-lait avec succès. Je voulais "tenir" 6 mois. Avec la diversification alimentaire, j'ai trouvé que l'allaitement devenait de plus en plus facile et représentait un moment d'intimité et de plaisir très appréciable dont je ne voulais pas nous priver. Comme l'OMS recommande deux ans d'allaitement, que je voyais autour de moi quelques femmes (en général d'origine étrangère: pays scandinaves, Europe de l'Est ou pays musulmans) qui ont allaité aussi longtemps, je me suis dit: pourquoi pas moi? A plusieurs moments difficiles, j'ai béni l'allaitement, surtout lorsqu'à 18 mois, mon fils a contracté une gastro-entérite assez sévère. Il vomissait tout aliment solide et liquide, même l'eau pure. Son estomac ne digérait que mon lait dont il a été nourri exclusivement pendant une semaine échappant ainsi à la déshydratation. Il a passé les longues nuits de fièvre au sein et j'étais tellement rassurée de pouvoir ainsi contribuer à sa guérison. La pédiatre m'a fait remarquer: "quelle chance il a, cet enfant, d'être encore allaité, cela tombe bien dans de telles circonstances". C'est avec beaucoup d'émotion que j'ai changé ses langes durant cette période, car ses selles étaient redevenues celles d'un bébé allaité exclusivement et cela me ramenait un an en arrière. Comme le temps passe vite!

 

Oui le temps passe vite et j'ai déjà franchi le cap des deux ans sans m'en rendre compte. Il n'y a plus grand monde pour m'accompagner sur le chemin de l'allaitement long. J'ai choisi de laisser mon fils décider du moment de son sevrage. Il me fera comprendre quand il est prêt. Mais je me pose tant de questions qui ne trouvent pas de réponses. J'ai suivi quelques formations à l'allaitement mais les études portent surtout sur l'allaitement des 6 premiers mois. Jusqu'à quel âge un enfant a besoin de lait? Comment savoir s'il en reçoit assez avec le sein maternel quand il est diversifié? (on ne peut pas se baser sur l'aspect des selles et la fréquence des urines!) Au-delà de deux ans, l'allaitement présente-t-il encore un intérêt nutritif ou seulement affectif? Un enfant de 2 ans est souvent capricieux à table, le fait qu'il soit allaité le protège-t-il des carences? etc...Un enfant allaité longtemps ne risque-t-il pas de rester trop dans la jupes de sa mère?

Beaucoup de questions, peu de réponses ou vagues, et les angoisses d'une mère qui veut faire au mieux mais qui manque de modèle autour d'elle, une mère à la recherche d'un phénomène en voie de disparition: le sevrage naturel. Ce sevrage existe-t-il, demandais-je autour de moi? Mais non répond l'entourage, si tu ne coupes pas le cordon, il ne le fera jamais lui-même! (Et de me sortir toutes les théories de psychologie en cours.) Aller à contre-courant de la société dans laquelle on vit est très éprouvant, surtout lorsque l'éducation d'un enfant est en jeu et que l'on doute.

Jusqu'au jour où j'ai appris l'existence d'un livre publié par la Leche League: l'allaitement du bambin. Je me le suis procuré et je l'ai lu tout d'une traite tant il était passionnant. Ce livre a calmé toutes mes inquiétudes et a achevé de me convaincre que j'étais sur la bonne voie, du moins sur la voie d'un mode d'éducation qui me convient pleinement et correspond à ma personnalité. Je ne peux qu'en conseiller la lecture à toutes les mamans qui voudraient suivre le même chemin. Je pense qu'à l'heure actuelle c'est le seul livre disponible en langue française qui aborde le sujet de l'allaitement prolongé de manière aussi approfondie (sujet réduit dans d'autres livres à quelques pages,voire quelques lignes en fin de sommaire). Un autre livre le complète très bien:" Etre parent le jour et la nuit aussi" également publié par la Leche League.

Parmi les conseils qu'il donne, je retiens le plus important: ne pas laisser l'entourage interférer dans le lien lacté, l'évolution de ce lien concerne en priorité la mère et l'enfant. Quant au papa réticent, le livre suggère de pratiquer le dialogue dans le couple parental. A la mère de reconnaître que si le père est angoissé par l'allaitement prolongé c'est souvent parce qu'il s'en fait sincèrement pour l'enfant et que les propos négatifs de l'entourage l'inquiètent. Dans ce cas, il faut l'informer davantage sur les bienfaits de l'allaitement long (la lecture de ce livre peut l'y aider). Mais parfois le père qui harcèle sa femme pour qu'elle sèvre leur enfant lui signifie autre chose qu'il est important de décoder: un sentiment d'exclusion dans la relation à l'enfant, un manque d'intimité affective et physique dans le couple. Si c'est le cas, le sevrage est une solution inappropriée car l'allaitement n'est pas la vraie cause de leurs problèmes et la femme risque de garder de la rancoeur à l'égard de son mari pour ce sevrage forcé. Le livre suggère des solutions pratiques pour retrouver une vie de couple et faire une place au mari en tant que père.

 

Xavière Remacle
septembre 2003

 

un an plus tard: lire "Akira a choisi"

 

 

Réactions

Voici notre expérience (qui ressemble beaucoup à celle de Cian avec quelques petites différences) :

Mon fils a été allaité à 100% pendant 7 mois, et en tout pendant 10 mois (et 2 jours) au sein + 1 mois par ci par là au sein + en tirant mon lait.

Je te fais le détail (en gros hein)

-contexte : je suis restée à la maison (CPE sans solde) jusqu'à son 16ème mois, il n'a jamais vu un biberon ni une tétine ni un bib de lait industriel, tjs allaité à la demande, jamais laissé patienter ni pleurer, pas de nouvelle grossesse, ni de désir de nouvelle grossesse, pas de parfum (jamais mis et je n'en mets tjs pas d'ailleurs) ou de coupe de cheveux...), papa fier de notre allaitement et excellent soutien tout comme familles, amis et médecin (oui je sais je suis une veinarde ;o)); bref : climat trèèèèèèèèèèèèèès favorable (et moi hyper motivée ;o)))

- vers ses 8mois 1/2 il s'est mis à vouloir marcher en se tenant aux meubles (debout à 7 mois) et il a également commencé à moins réclamer et à diminuer le nombre de tétées.
En gros, au lieu de téter 30min (il a tjs pris son temps), il tétait 10 minutes, puis se redressait pour un calin, puis hop hop il partait à l'aventure.

-il réclamait de moins en moins souvent, j'ai tjs allaité à la demande tout en lui proposant aux moments habituels (siestes, dodos, repas, câlins) : il prenait 2 gorgées et c'était bon.

-ensuite la tétée de sieste est devenue inutile : il réclamait son lit, et s'allongeait dès que je l'y installais, après un calin et une caresse sur les cheveux (et un "je t'aime mon bébé" :o)))))))))

- vers ses 9 mois 1/2 il tétait environ 2 fois par jour

-vers son 10ème mois il tétait environ 2 ou 1 fois par jour (le matin au réveil, quel délice pour tous les 3 ce calin dans le lit !), l'endormissement du soir se passait sans tétée, et pas de réveils nocturnes.

-puis il n'a plus réclamé, ou alors une fois comme ça de temps en temps

-j'ai continué à tirer mon lait car je n'avais aucun pbm de production, histoire qu'il bénéficie encore de mon lait et je lui donnais au verre (ou à la paille parce que c'est rigolo)

- ma production s'est vraiment adaptée à la diminution de sa demande, puis avec un TL forcémemnt la stimulation n'est pas la même (surtout que je m'en étais servi très rarement auparavent), je n'ai eu aucun pbm d'engorgement.

-mon fils a pris sa dernière goutte de mon lait (je ne sortais vraiment plus grand chose au TL) vers ses 11 mois (un peu avant)

Pendant ces 2 mois et quelques, j'ai appelé plusieurs fois la LLL et solidarilait car je pensais à une grêve de la tétée, ou à un pbm de santé (muguet ? intolérance ? allergie ?) et les personnes qui m'ont répondu m'ont expliqué que cela arrivait avec les enfants "curieux" et "un peu en avance" au niveau moteur (je ne dis pas que les enfants qui sont allaités plus longtemps ne sont pas curieux ou sont en retard, j'espère que tout le monde comprend bien le sens de ces mots mis dans ce contexte exprès entre guillemets ?), que parfois les enfants se sevraient en même temps qu'un gros progrès, ce qui semblaient bien être le cas de mon fils.
J'ai également contacté ma sf et je l'ai invitée un dimanche observer mon fils pendant près de 4h (elle on a pris le thé, moment super sympa) et elle a conclu qu'il tétait très bien, qu'il avait l'air en pleine forme, et qu'effectivement mon fils était en train de "se sevrer".

Voilà donc comment mon fils a tourné avec sa propre main la page du chapitre "Allaitement" de notre histoire ; Il m'arrive parfois de lui "relire" quand on voit un bébé téter.

Aujourd'hui, c'est le pro des calins, et quand l'enfant que je porte sera parmi nous, mon fils aura mon lait, au verre, mais mon lait !

On me demande parfois si je ne suis pas un peu "triste" que mon fils se soit sevré si "tôt".
Non je ne suis pas triste, je suis fière d'avoir accompagnée mon fils jusque là, je suis heureuse d'avoir connu cette relation unique qui m'a probablement permis, ainsi qu'à mon ami, de materner comme nous le faisons et de continuer, d'être toujours à l'écoute.
Tout s'est passé sans cri, sans pleur, sans "bagarre", avec, le mot est juste, beaucoup de sérénité.

Bises

Loo

c'est très émouvant Loo! oui je crois aussi que le sevrage naturel peut se produire très tôt chez certains enfants même si c'est rare, il peut aussi se produire très tard chez d'autres enfants même si c'est rare aussi, on ne peut pas mettre les enfants dans un moule! je crois qu'on reconnait un sevrage naturel à la sérénité dans laquelle il se fait pour maman et bébé!
mais c'est vrai que c'est important de donner le repère de 2/4 ans pour que les mamans sachent que c'est normal d'allaiter au delà d'un an car c'est si rare de ce côté ci de la planète!

Xavière

 

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